La copine au club hocha la tête tristement : "Non, il ne faut pas y
compter. Ces îles semblent faites pour le naturisme, mais
malheureusement on ne s'y baigne qu'en maillot." Quand j'ai appris que
le rectorat m'avait choisie pour aller assurer la mise en place, un peu
délicate, d'un nouveau dispositif dans les établissements scolaires de
cette île de l'océan indien, j'avais sauté de joie. Mon mari Pete
m'avait taquinée : "Tu vas pouvoir entretenir ton bronzage, là-bas sous
les Tropiques. Je trouve que tu commences un peu à blanchir ces
derniers temps." Mais cette copine qui connaissait l'île m'avait
ramenée sur terre : pas question de pratiquer le naturisme sur cette
île, il faudrait donc que j'emporte un maillot. Pire,
m'expliqua-t-elle, seules les touristes de métropole se mettent les
seins nus, et sur des portions très limitées de certaines plages. Comme
je partais à un moment où les touristes devraient être rares sur l'île,
je me sentis obligée d'ajouter à ma valise mon vieux maillot une pièce
noire que je ne mets que la mort dans l'âme quand il n'est pas question
que je me baigne nue. Et je me rendis compte une fois arrivée que
j'avais bien fait de le prendre.
Je devais partir avec Luc. Le rectorat m'avait laissé le choix de
mon collaborateur pour cette mission un peu délicate. Luc était encore
en début de carrière, mais déjà me semblait prometteur par la façon
dont je l'avais vu s'engager à fond dans les dossiers et convaincre les
plus réticents. Et en plus il était sympathique, respectueux des autres
et n'avait pas tendance à rouler des mécaniques, contrairement à
beaucoup de mes collègues masculins. À l'Éducation nationale, le
tutoiement vient vite entre collègues, mais la coutume veut que ce soit
le supérieur hiérarchique qui le propose, ce que je m'empressai de
faire avec Luc dès notre première séance de travail en vue de ce
projet. Je lui avais en même temps demandé de m'appeler Kayelle,
puisque c'est ainsi que mes collaborateurs proches m'appellent ; je
n'aime pas trop mon vrai prénom, et ce surnom permet de l'oublier. Luc
comprit très bien, d'autant mieux qu'il avait lui-même été prénommé
Lucien à la naissance en mémoire d'un grand-oncle qui était mort
quelques mois plus tôt, et que c'est lui qui avait raccourci son prénom
d'origine dont il avait horreur.
Onze heures d'avion, et au travail dès le lendemain, sans avoir
absorbé la fatigue du voyage. La quasi-totalité de notre travail se
déroulait dans les locaux du rectorat, le reste dans un lycée-témoin de
l'agglomération. Nous étions bien secondés par les fonctionnaires de
l'île et le travail progressait comme prévu. Chaque soir, une fois la
journée terminée, les embouteillages pour sortir de la ville, le
serpent de voitures au pied de la falaise, l'œil un peu inquiet
surveillant les grillages censés nous protéger des chutes de rochers,
puis le ralentissement quasi-permanent là où la route passe de quatre à
deux voies. On m'a dit que la situation avait d'ailleurs encore empiré
depuis ce séjour effectué il y a une dizaine d'années. Et nous
arrivions enfin dans notre hôtel. C'était en fait un village de
vacances, des bungalows disséminés autour d'une piscine, à deux pas de
la plage, face au soleil couchant à l'Ouest. Nous étions en basse
saison, comme on me l'avait expliqué, et les bungalows avaient été
désertés par les touristes ; le rectorat nous y avait donc logés à
moindre frais, tout en nous offrant l'avantage de la piscine qui nous
attendait à notre retour en fin d'après-midi.
Nous quittions le rectorat tôt l'après-midi ; sur cette île les
horaires de travail sont décalés et il n'est pas rare de travailler
très tôt le matin et de finir sa journée avant le milieu de
l'après-midi. Mais le soleil descend vite sous les Tropiques, et après
la route, une douche et quelques fois une courte sieste si la journée
de travail avait été particulièrement fatigante, nous n'avions guère le
temps d'aller plus loin que la piscine. Un coup léger à la porte du
bungalow de Luc, et nous partions passer un moment devant un verre au
bord du bassin. Les maillots que je voyais étaient effectivement
plutôt couvrants. Quand je compris que le restaurant alignait ses
tables jusqu'au bord de la piscine, je fus contente d'avoir apporté mon
vieux truc noir. Je m'imaginais assez mal nager les seins nus sous le
nez des convives attablés devant leur carri ou leur tranche de requin.
Donc, chaque jour je faisais quelques brasses revêtue de ce vaste
machin noir informe dans une eau qui devait être proche de 30°. Je
redécouvrais la sensation presque oubliée, et pas franchement agréable
à mon goût, de me baigner autrement que nue. Il faut bien qu'il y ait
des enragés de l'emmaillotage à tout prix pour s'habiller ainsi pour
aller dans l'eau.
Le dernier jour, repos : nous sommes libres du matin juqu'à
l'heure d'enregistrement à l'aéroport tard le soir, et nous décidons de
partir enfin à l'exploration de la plage : le lagon est à portée de la
main, et nous n'avons pas eu le temps de nous y tremper. Neuf heures le
matin et déjà le soleil des Tropiques est écrasant, bien que l'air ait
conservé une certaine fraîcheur de la nuit. La plage s'étend aussi loin
que porte le regard, bande de sable clair incandescent au-delà d'une
ligne de filaos comme sur les cartes postales. Très peu de baigneurs
dans le soleil du matin, des couples, et là, à mon grand soulagement,
je vois une majorité de femmes en string et sans soutien-gorge — sans
doute des touristes de métropole. Je ne serai donc pas obligée de
remettre cet horrible maillot noir. Nous avançons lentement quelques
minutes sur le sable alternativement frais sous les arbres et brûlant
au soleil. Luc ne sait pas où regarder, n'osant pas admirer les
bronzeuses de peur de me gêner, ni suggérer que nous nous asseyions et
que nous allions nous baigner, sans doute par crainte que je ne le
comprenne comme une invitation à me déshabiller.
De toute évidence, si je veux profiter du lagon, il faut que je
fasse les premiers pas. "Allez, viens, Luc, on se déshabille et on y
va". J'étends ma petite serviette sur le sable chaud, et je m'y
asseois. Puis sans penser à rien, je fais comme d'habitude : remontant
les genoux, je plonge la main sous ma jupette et en me dandinant d'une
fesse sur l'autre je retire ma petite culotte blanche. Pourquoi diable
est-ce que j'avais mis une culotte ce matin-là alors que je savais que
je venais à la plage ? Sans doute par habitude après une semaine passée
au travail. Mon slip jeté en boule, deux boutons à défaire et c'est la
jupe qui s'envole, en tas à côté de moi. Il ne me reste sur la peau que
mon chemisier léger qui flotte dans la brise et qui par moments me
découvre le ventre et les hanches ; je sens l'air chaud qui remonte le
long de mes cuisses et qui enserre mes fesses. Dégagé de ma jupe, le
chemisier fait cheminée et se gonfle d'air qui me carresse les seins.
Je resterais volontiers les fesses nues, mais je ne veux pas gêner Luc.
Où est donc mon maillot ? J'ai posé mon sac un peu plus loin, je me
penche, m'allongeant presque sur le sable pour l'atteindre, vêtue de
mon seul corsage qui me remonte jusque sous les bras. À voir l'air
ébahi de Luc quans je me retrouve assise, je me rends compte qu'il a dû
se trouver avec mon derrière pratiquement étalé sous les yeux pendant
que je farfouillais dans mon sac et que le spectacle n'est pas passé
inaperçu. J'ai perdu l'habitude de faire attention à la décence quand
je suis sur une plage, je ne suis même plus tout à fait certaine de ce
qui peut se faire ou pas… Tant pis, après tout, il a dû en voir
d'autres dans sa vie, il est majeur, marié et a des enfants. Le maillot
que j'ai apporté sur la plage est à l'inverse de mon gros truc noir
informe prévu pour la piscine, un minuscule string blanc que j'ai
choisi parce qu'il cache vraiment uniquement pour la forme, avec un
triangle étroit minimal à l'avant et une ficelle à l'arrière. Si on
m'empêche de me baigner à poil, il ne faut pas en plus compter sur moi
pour aller au-delà du strict minimum. Je remonte donc ce strict minimum
le long de mes cuisses, je le mets en place tant bien que mal, puis le
corsage tombe à son tour, et debout.
Comment a-t-on pu inventer un machin comme ça pour aller à l'eau
? D'abord, comme je ne me suis pas rasé la toison, j'ai des poils noirs
qui dépassent de part et d'autre du triangle blanc, et même une touffe
entière d'un côté, que j'essaie de repousser tant bien que mal. Et je
ne sais pas comment sont fichues les mannequins pour qui ces trucs-là
sont faits. Sur moi, en tout cas, je n'arrive pas à cacher à la fois
les deux lèvres : quand je couvre bien la lèvre gauche, la droite vient
faire coucou sur le côté. Et si je tire sur le petit bout de tissu pour
le mettre en place bien symétriquement, bien à cheval sur le mont de
Vénus, j'ai un bout de lèvre qui dépasse de chaque côté. Bref, j'ai
toujours une bande rose charnue visible entre le triangle blanc et ma
peau bronzée, le tout sous le noir de ma toison. Et à l'arrière ça ne
doit être guère mieux : au moment où je me penche en avant pour plier
mon corsage je sens le vent qui s'engoufre dans la raie des fesses
jusqu'à venir me chatouiller l'anus. C'est une sentation délicieuse de
caresse et je garde la pose pour la prolonger quelques secondes ; mais
c'est aussi la preuve que la ficelle ne doit pas cacher grand chose.
Bref, je n'ai rien à me reprocher, j'ai fait mon devoir, je me suis
glissé une ficelle dans la raie des fesses, et je suis donc en règle
avec la loi et avec la décence.
Quand je me retourne vers Luc, il est immobile et n'a pas bougé
d'un centimètre depuis tout à l'heure, toujours muet. Il n'a
apparemment pas perdu une miette du spectacle que j'ai dû lui donner
involontairement. Comme je vois son regard qui se fixe sur mon
entre-jambes, je vérifie du doigt le positionnement du triangle pour
m'apercevoir qu'il a profité du moment où je me suis penchée en avant
pour glisser carrément sur le côté : maintenant c'est la vulve toute
entière qui est à l'air, capuchon du clitoris inclus. "C'est idiot, ces
trucs, hein ? Je me demande d'ailleurs vraiment pourquoi on prend la
peine d'en mettre." Luc ne dit rien. De toute façon, ce n'est quand
même pas le fait d'avoir vu les fesses et le sexe de son chef de
mission qui va le gêner, si ?
Et bien si. J'ai du mal à comprendre que ce grand garçon,
d'apparence pourtant si raisonnable, soit mis dans tous ces états par
ce qu'il avait vu de mon corps. En rigolant intérieurement, je me rends
compte que, bien sûr, je ne lui avais pas caché grand chose. Mais quand
même, de là à se mettre dans cet état…
Rapidement je me rassieds, je sors l'huile du sac et je commence
à me l'étendre sur tout le corps, les jambes, le torse, les seins. Tout
en pétrissant, j'en profite pour regarder le dessous de mes seins ;
quand je soulève ma poitrine je découvre une zone moins bronzée, gardée
blanche par le poids des seins. Il faut dire que quand je suis au
soleil, il est rarissime que je m'allonge pour bronzer, je suis
toujours en train de marcher, nager ou de m'affairer, en général debout
; les parties qui sont protégées du soleil par la masse de mes fesses
et par celle de mes seins ont donc tendance à rester blanches. Il
faudra que je voie ce que je peux faire pour uniformiser tout ça.
Puis de nouveau debout : "On y va ?" Mais Luc n'est pas prêt à se
lever pour aller à l'eau. Il est crispé, m'a l'air tout blanc, il se
mord les lèvres, garde les mains pliées sur le ventre. Il me dit d'y
aller, qu'il me rejoindra, d'une voix étrange, un peu étranglée, en
bredouillant presque. Je me rends compte que ses capacités de
résistance sont inférieures à ce que je pensais. Et bien sûr il est
loin de sa femme depuis une semaine, j'aurais dû faire attention à ne
pas le gêner, à la limite je n'ai pas été sympa avec lui. Je prends
pitié de lui, je m'assieds à ses côtés, et je lui explique : "Luc,
j'espère que je ne t'embarrasse pas, j'aurais dû t'expliquer plus tôt.
Tu vois, nous sommes naturistes, mon mari et moi, et nous aimons être
nus, nous sommes toujours nus — quand les conditions le permettent,
bien sûr, pas comme à la piscine avec toutes les tables autour ; mais
sur cette plage, hein, ce serait dommage de ne pas… Cela fait des
années que nous sommes naturistes, et c'est devenu une seconde nature
chez nous, on n'y pense même plus ! Alors tu sais, la pudeur, nous, on
ne sait plus tellement ce que c'est ! Tu ne m'en veux pas, au moins ?"
Non, dans un rictus douloureux il me dit qu'il ne m'en veut pas, mais
quand même il est là, crispé, bloqué sur sa serviette, incapable de se
lever, le maillot de bain distendu par une érection qui doit le faire
souffrir. Finalement, la meilleure chose à faire, c'est de le laisser
tranquille un moment, et je pars vers l'eau.
Il finit par arriver dans l'eau du lagon un moment après moi,
après avoir donné l'impression d'éprouver un intérêt soudain pour un
groupe d'arbres qui l'obligeait à faire un grand détour pour arriver au
bord de l'eau ; mais je voyais bien qu'il n'arrivait pas à calmer son
érection et qu'il ne voulait pas que je le voie de trop près. J'ai
l'impression que le contact avec l'eau fraîche le calme un peu —
fraîche par rapport à l'air et au sable, mais objectivement vraiment
tiède.
Je suis surprise de la faible profondeur du lagon ; je
m'attendais à perdre pied, alors qu'il faut au contraire en permanence
veiller à ne pas se couper ou se râcler sur un rocher ou sur un corail.
Mais l'eau est si bonne que nous y restons la matinée. Quand je me
baigne je redeviens petite gamine joueuse, je redeviens poisson ; je
n'aime rien tant que sauter, plonger, entrer pour mieux ressortir,
sentir la brise sur mes fesses ou sur mes seins quand ils émergent
dégoulinants. Et tant pis si mon string idiot a parfois quelque mal à
me suivre dans mes déplacements : il finit à plusieurs reprises
rattrapé par mes genoux. Luc au contraire reste beaucoup plus calme et
immobile, sans que je sache si c'est sa façon normale de profiter de la
mer ou si je le mets toujours mal à l'aise.
Vers midi on sort de l'eau, moi d'abord, lui me suivant, toujours
les bras pendant devant son corps pour tenter de cacher son érection
qui lui est revenue ; en me retournant je vois ses yeux scotchés à la
valse de mes deux fesses brunes. Après cette matinée dans l'eau du
lagon, je me sens collante et salée et j'ai besoin d'une douche avant
de me rhabiller. Au fond de la plage, dans un coin un peu retiré, un
pommeau goutte sur un caillebotis ; je sors le gel de son sac de plage
et je me dirige vers la douche. Sur place je laisse glisser mon
string le long de mes cuisses — cela faisait un moment qu'il ne
demandait que ça — pour me doucher, me savonnant de la main, de la tête
aux pieds, du ventre à la poitrine. Puis je me rince soigneusement, la
mousse de mon gel glisse le long de mes seins, de mon ventre, de mes
cuisses, et je me retrouve toute brune et luisante au soleil. Le
bonheur. Personne à proximité immédiate, l'eau qui coule tiède de la
canalisation, la bonne odeur suave de mon gel de bain mêlée au parfum
qui monte de la végétation, je reste un moment immobile, les yeux
fermés à jouir du vent qui me frôle et du soleil qui brûle ma peau.
Je ramasse mon string et je retourne vers Luc, sans prendre la
peine de l'enfiler. Il me regarde s'avancer vers lui avec effarement.
"Mais Luc, enfin, il n'y a personne autour de nous, je ne gêne
personne." Ensuite, quelques minutes allongée sur ma serviette pour
sécher méthodiquement au soleil, membre après membre, d'abord une fesse
puis l'autre. Finalement, c'est l'heure de rentrer : d'abord mon petit
corsage, puis ma jupette, et c'est tout. Le slip reste en boule au fond
du sac.
Luc reste silencieux pendant le repas. De toute évidence sa tête
est ailleurs, et je ne sais même pas s'il se rend compte qu'il boit un
peu plus qu'il ne devrait. Après cette matinée de jeux aquatiques mes
épaules sont douloureuses. Cela m'arrive souvent quand j'étais fatiguée
ou quand le temps était humide, une séquelle d'un accident de voiture
que j'avais eu adolescente et qui m'avait laissé une faiblesse des
vertèbres cervicales, malgré une opération et des années de kiné. Le
problème s'est atténué avec l'âge mais n'a jamais complètement disparu.
Comme j'explique mon problème à Luc, il me propose de me masser la
nuque et les épaules. Il dit qu'il sait masser depuis des années, que
sa femme et lui prennent grand plaisir à se masser mutuellement.
J'accepte son offre avec enthousiasme, d'une part parce que je connais
l'effet d'un massage sur mes douleurs, et d'autre part parce que je
dois bien à Luc quelque chose qui va le valoriser après ce que je lui
ai fait subir ce matin. On décide qu'on se verra chez lui vers trois
heures, après la sieste.