Kayelle sous les Tropiques (début)

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1. Le lagon.


La copine au club hocha la tête tristement : "Non, il ne faut pas y compter. Ces îles semblent faites pour le naturisme, mais malheureusement on ne s'y baigne qu'en maillot." Quand j'ai appris que le rectorat m'avait choisie pour aller assurer la mise en place, un peu délicate, d'un nouveau dispositif dans les établissements scolaires de cette île de l'océan indien, j'avais sauté de joie. Mon mari Pete m'avait taquinée : "Tu vas pouvoir entretenir ton bronzage, là-bas sous les Tropiques. Je trouve que tu commences un peu à blanchir ces derniers temps." Mais cette copine qui connaissait l'île m'avait ramenée sur terre : pas question de pratiquer le naturisme sur cette île, il faudrait donc que j'emporte un maillot. Pire, m'expliqua-t-elle, seules les touristes de métropole se mettent les seins nus, et sur des portions très limitées de certaines plages. Comme je partais à un moment où les touristes devraient être rares sur l'île, je me sentis obligée d'ajouter à ma valise mon vieux maillot une pièce noire que je ne mets que la mort dans l'âme quand il n'est pas question que je me baigne nue. Et je me rendis compte une fois arrivée que j'avais bien fait de le prendre.

Je devais partir avec Luc. Le rectorat m'avait laissé le choix de mon collaborateur pour cette mission un peu délicate. Luc était encore en début de carrière, mais déjà me semblait prometteur par la façon dont je l'avais vu s'engager à fond dans les dossiers et convaincre les plus réticents. Et en plus il était sympathique, respectueux des autres et n'avait pas tendance à rouler des mécaniques, contrairement à beaucoup de mes collègues masculins. À l'Éducation nationale, le tutoiement vient vite entre collègues, mais la coutume veut que ce soit le supérieur hiérarchique qui le propose, ce que je m'empressai de faire avec Luc dès notre première séance de travail en vue de ce projet. Je lui avais en même temps demandé de m'appeler Kayelle, puisque c'est ainsi que mes collaborateurs proches m'appellent ; je n'aime pas trop mon vrai prénom, et ce surnom permet de l'oublier. Luc comprit très bien, d'autant mieux qu'il avait lui-même été prénommé Lucien à la naissance en mémoire d'un grand-oncle qui était mort quelques mois plus tôt, et que c'est lui qui avait raccourci son prénom d'origine dont il avait horreur.

Onze heures d'avion, et au travail dès le lendemain, sans avoir absorbé la fatigue du voyage. La quasi-totalité de notre travail se déroulait dans les locaux du rectorat, le reste dans un lycée-témoin de l'agglomération. Nous étions bien secondés par les fonctionnaires de l'île et le travail progressait comme prévu. Chaque soir, une fois la journée terminée, les embouteillages pour sortir de la ville, le serpent de voitures au pied de la falaise, l'œil un peu inquiet surveillant les grillages censés nous protéger des chutes de rochers, puis le ralentissement quasi-permanent là où la route passe de quatre à deux voies. On m'a dit que la situation avait d'ailleurs encore empiré depuis ce séjour effectué il y a une dizaine d'années. Et nous arrivions enfin dans notre hôtel. C'était en fait un village de vacances, des bungalows disséminés autour d'une piscine, à deux pas de la plage, face au soleil couchant à l'Ouest. Nous étions en basse saison, comme on me l'avait expliqué, et les bungalows avaient été désertés par les touristes ; le rectorat nous y avait donc logés à moindre frais, tout en nous offrant l'avantage de la piscine qui nous attendait à notre retour en fin d'après-midi.

Nous quittions le rectorat tôt l'après-midi ; sur cette île les horaires de travail sont décalés et il n'est pas rare de travailler très tôt le matin et de finir sa journée avant le milieu de l'après-midi. Mais le soleil descend vite sous les Tropiques, et après la route, une douche et quelques fois une courte sieste si la journée de travail avait été particulièrement fatigante, nous n'avions guère le temps d'aller plus loin que la piscine. Un coup léger à la porte du bungalow de Luc, et nous partions passer un moment devant un verre au bord du bassin. Les maillots que je voyais étaient effectivement plutôt couvrants. Quand je compris que le restaurant alignait ses tables jusqu'au bord de la piscine, je fus contente d'avoir apporté mon vieux truc noir. Je m'imaginais assez mal nager les seins nus sous le nez des convives attablés devant leur carri ou leur tranche de requin. Donc, chaque jour je faisais quelques brasses revêtue de ce vaste machin noir informe dans une eau qui devait être proche de 30°. Je redécouvrais la sensation presque oubliée, et pas franchement agréable à mon goût, de me baigner autrement que nue. Il faut bien qu'il y ait des enragés de l'emmaillotage à tout prix pour s'habiller ainsi pour aller dans l'eau.

Le dernier jour, repos : nous sommes libres du matin juqu'à l'heure d'enregistrement à l'aéroport tard le soir, et nous décidons de partir enfin à l'exploration de la plage : le lagon est à portée de la main, et nous n'avons pas eu le temps de nous y tremper. Neuf heures le matin et déjà le soleil des Tropiques est écrasant, bien que l'air ait conservé une certaine fraîcheur de la nuit. La plage s'étend aussi loin que porte le regard, bande de sable clair incandescent au-delà d'une ligne de filaos comme sur les cartes postales. Très peu de baigneurs dans le soleil du matin, des couples, et là, à mon grand soulagement, je vois une majorité de femmes en string et sans soutien-gorge — sans doute des touristes de métropole. Je ne serai donc pas obligée de remettre cet horrible maillot noir. Nous avançons lentement quelques minutes sur le sable alternativement frais sous les arbres et brûlant au soleil. Luc ne sait pas où regarder, n'osant pas admirer les bronzeuses de peur de me gêner, ni suggérer que nous nous asseyions et que nous allions nous baigner, sans doute par crainte que je ne le comprenne comme une invitation à me déshabiller.

De toute évidence, si je veux profiter du lagon, il faut que je fasse les premiers pas. "Allez, viens, Luc, on se déshabille et on y va". J'étends ma petite serviette sur le sable chaud, et je m'y asseois. Puis sans penser à rien, je fais comme d'habitude : remontant les genoux, je plonge la main sous ma jupette et en me dandinant d'une fesse sur l'autre je retire ma petite culotte blanche. Pourquoi diable est-ce que j'avais mis une culotte ce matin-là alors que je savais que je venais à la plage ? Sans doute par habitude après une semaine passée au travail. Mon slip jeté en boule, deux boutons à défaire et c'est la jupe qui s'envole, en tas à côté de moi. Il ne me reste sur la peau que mon chemisier léger qui flotte dans la brise et qui par moments me découvre le ventre et les hanches ; je sens l'air chaud qui remonte le long de mes cuisses et qui enserre mes fesses. Dégagé de ma jupe, le chemisier fait cheminée et se gonfle d'air qui me carresse les seins. Je resterais volontiers les fesses nues, mais je ne veux pas gêner Luc. Où est donc mon maillot ? J'ai posé mon sac un peu plus loin, je me penche, m'allongeant presque sur le sable pour l'atteindre, vêtue de mon seul corsage qui me remonte jusque sous les bras. À voir l'air ébahi de Luc quans je me retrouve assise, je me rends compte qu'il a dû se trouver avec mon derrière pratiquement étalé sous les yeux pendant que je farfouillais dans mon sac et que le spectacle n'est pas passé inaperçu. J'ai perdu l'habitude de faire attention à la décence quand je suis sur une plage, je ne suis même plus tout à fait certaine de ce qui peut se faire ou pas… Tant pis, après tout, il a dû en voir d'autres dans sa vie, il est majeur, marié et a des enfants. Le maillot que j'ai apporté sur la plage est à l'inverse de mon gros truc noir informe prévu pour la piscine, un minuscule string blanc que j'ai choisi parce qu'il cache vraiment uniquement pour la forme, avec un triangle étroit minimal à l'avant et une ficelle à l'arrière. Si on m'empêche de me baigner à poil, il ne faut pas en plus compter sur moi pour aller au-delà du strict minimum. Je remonte donc ce strict minimum le long de mes cuisses, je le mets en place tant bien que mal, puis le corsage tombe à son tour, et debout.

Comment a-t-on pu inventer un machin comme ça pour aller à l'eau ? D'abord, comme je ne me suis pas rasé la toison, j'ai des poils noirs qui dépassent de part et d'autre du triangle blanc, et même une touffe entière d'un côté, que j'essaie de repousser tant bien que mal. Et je ne sais pas comment sont fichues les mannequins pour qui ces trucs-là sont faits. Sur moi, en tout cas, je n'arrive pas à cacher à la fois les deux lèvres : quand je couvre bien la lèvre gauche, la droite vient faire coucou sur le côté. Et si je tire sur le petit bout de tissu pour le mettre en place bien symétriquement, bien à cheval sur le mont de Vénus, j'ai un bout de lèvre qui dépasse de chaque côté. Bref, j'ai toujours une bande rose charnue visible entre le triangle blanc et ma peau bronzée, le tout sous le noir de ma toison. Et à l'arrière ça ne doit être guère mieux : au moment où je me penche en avant pour plier mon corsage je sens le vent qui s'engoufre dans la raie des fesses jusqu'à venir me chatouiller l'anus. C'est une sentation délicieuse de caresse et je garde la pose pour la prolonger quelques secondes ; mais c'est aussi la preuve que la ficelle ne doit pas cacher grand chose. Bref, je n'ai rien à me reprocher, j'ai fait mon devoir, je me suis glissé une ficelle dans la raie des fesses, et je suis donc en règle avec la loi et avec la décence.

Quand je me retourne vers Luc, il est immobile et n'a pas bougé d'un centimètre depuis tout à l'heure, toujours muet. Il n'a apparemment pas perdu une miette du spectacle que j'ai dû lui donner involontairement. Comme je vois son regard qui se fixe sur mon entre-jambes, je vérifie du doigt le positionnement du triangle pour m'apercevoir qu'il a profité du moment où je me suis penchée en avant pour glisser carrément sur le côté : maintenant c'est la vulve toute entière qui est à l'air, capuchon du clitoris inclus. "C'est idiot, ces trucs, hein ? Je me demande d'ailleurs vraiment pourquoi on prend la peine d'en mettre." Luc ne dit rien. De toute façon, ce n'est quand même pas le fait d'avoir vu les fesses et le sexe de son chef de mission qui va le gêner, si ?

Et bien si. J'ai du mal à comprendre que ce grand garçon, d'apparence pourtant si raisonnable, soit mis dans tous ces états par ce qu'il avait vu de mon corps. En rigolant intérieurement, je me rends compte que, bien sûr, je ne lui avais pas caché grand chose. Mais quand même, de là à se mettre dans cet état…

Rapidement je me rassieds, je sors l'huile du sac et je commence à me l'étendre sur tout le corps, les jambes, le torse, les seins. Tout en pétrissant, j'en profite pour regarder le dessous de mes seins ; quand je soulève ma poitrine je découvre une zone moins bronzée, gardée blanche par le poids des seins. Il faut dire que quand je suis au soleil, il est rarissime que je m'allonge pour bronzer, je suis toujours en train de marcher, nager ou de m'affairer, en général debout ; les parties qui sont protégées du soleil par la masse de mes fesses et par celle de mes seins ont donc tendance à rester blanches. Il faudra que je voie ce que je peux faire pour uniformiser tout ça.

Puis de nouveau debout : "On y va ?" Mais Luc n'est pas prêt à se lever pour aller à l'eau. Il est crispé, m'a l'air tout blanc, il se mord les lèvres, garde les mains pliées sur le ventre. Il me dit d'y aller, qu'il me rejoindra, d'une voix étrange, un peu étranglée, en bredouillant presque. Je me rends compte que ses capacités de résistance sont inférieures à ce que je pensais. Et bien sûr il est loin de sa femme depuis une semaine, j'aurais dû faire attention à ne pas le gêner, à la limite je n'ai pas été sympa avec lui. Je prends pitié de lui, je m'assieds à ses côtés, et je lui explique : "Luc, j'espère que je ne t'embarrasse pas, j'aurais dû t'expliquer plus tôt. Tu vois, nous sommes naturistes, mon mari et moi, et nous aimons être nus, nous sommes toujours nus — quand les conditions le permettent, bien sûr, pas comme à la piscine avec toutes les tables autour ; mais sur cette plage, hein, ce serait dommage de ne pas… Cela fait des années que nous sommes naturistes, et c'est devenu une seconde nature chez nous, on n'y pense même plus ! Alors tu sais, la pudeur, nous, on ne sait plus tellement ce que c'est ! Tu ne m'en veux pas, au moins ?" Non, dans un rictus douloureux il me dit qu'il ne m'en veut pas, mais quand même il est là, crispé, bloqué sur sa serviette, incapable de se lever, le maillot de bain distendu par une érection qui doit le faire souffrir. Finalement, la meilleure chose à faire, c'est de le laisser tranquille un moment, et je pars vers l'eau.

Il finit par arriver dans l'eau du lagon un moment après moi, après avoir donné l'impression d'éprouver un intérêt soudain pour un groupe d'arbres qui l'obligeait à faire un grand détour pour arriver au bord de l'eau ; mais je voyais bien qu'il n'arrivait pas à calmer son érection et qu'il ne voulait pas que je le voie de trop près. J'ai l'impression que le contact avec l'eau fraîche le calme un peu — fraîche par rapport à l'air et au sable, mais objectivement vraiment tiède.

Je suis surprise de la faible profondeur du lagon ; je m'attendais à perdre pied, alors qu'il faut au contraire en permanence veiller à ne pas se couper ou se râcler sur un rocher ou sur un corail. Mais l'eau est si bonne que nous y restons la matinée. Quand je me baigne je redeviens petite gamine joueuse, je redeviens poisson ; je n'aime rien tant que sauter, plonger, entrer pour mieux ressortir, sentir la brise sur mes fesses ou sur mes seins quand ils émergent dégoulinants. Et tant pis si mon string idiot a parfois quelque mal à me suivre dans mes déplacements : il finit à plusieurs reprises rattrapé par mes genoux. Luc au contraire reste beaucoup plus calme et immobile, sans que je sache si c'est sa façon normale de profiter de la mer ou si je le mets toujours mal à l'aise.

Vers midi on sort de l'eau, moi d'abord, lui me suivant, toujours les bras pendant devant son corps pour tenter de cacher son érection qui lui est revenue ; en me retournant je vois ses yeux scotchés à la valse de mes deux fesses brunes. Après cette matinée dans l'eau du lagon, je me sens collante et salée et j'ai besoin d'une douche avant de me rhabiller. Au fond de la plage, dans un coin un peu retiré, un pommeau goutte sur un caillebotis ; je sors le gel de son sac de plage et je me dirige vers la douche. Sur place je laisse glisser mon string le long de mes cuisses — cela faisait un moment qu'il ne demandait que ça — pour me doucher, me savonnant de la main, de la tête aux pieds, du ventre à la poitrine. Puis je me rince soigneusement, la mousse de mon gel glisse le long de mes seins, de mon ventre, de mes cuisses, et je me retrouve toute brune et luisante au soleil. Le bonheur. Personne à proximité immédiate, l'eau qui coule tiède de la canalisation, la bonne odeur suave de mon gel de bain mêlée au parfum qui monte de la végétation, je reste un moment immobile, les yeux fermés à jouir du vent qui me frôle et du soleil qui brûle ma peau.

Je ramasse mon string et je retourne vers Luc, sans prendre la peine de l'enfiler. Il me regarde s'avancer vers lui avec effarement. "Mais Luc, enfin, il n'y a personne autour de nous, je ne gêne personne." Ensuite, quelques minutes allongée sur ma serviette pour sécher méthodiquement au soleil, membre après membre, d'abord une fesse puis l'autre. Finalement, c'est l'heure de rentrer : d'abord mon petit corsage, puis ma jupette, et c'est tout. Le slip reste en boule au fond du sac.

Luc reste silencieux pendant le repas. De toute évidence sa tête est ailleurs, et je ne sais même pas s'il se rend compte qu'il boit un peu plus qu'il ne devrait. Après cette matinée de jeux aquatiques mes épaules sont douloureuses. Cela m'arrive souvent quand j'étais fatiguée ou quand le temps était humide, une séquelle d'un accident de voiture que j'avais eu adolescente et qui m'avait laissé une faiblesse des vertèbres cervicales, malgré une opération et des années de kiné. Le problème s'est atténué avec l'âge mais n'a jamais complètement disparu. Comme j'explique mon problème à Luc, il me propose de me masser la nuque et les épaules. Il dit qu'il sait masser depuis des années, que sa femme et lui prennent grand plaisir à se masser mutuellement. J'accepte son offre avec enthousiasme, d'une part parce que je connais l'effet d'un massage sur mes douleurs, et d'autre part parce que je dois bien à Luc quelque chose qui va le valoriser après ce que je lui ai fait subir ce matin. On décide qu'on se verra chez lui vers trois heures, après la sieste.

(suite : " Kayelle sous les Tropiques : 2. le massage")

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kayelle — un rien m'habille...

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